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Morwena Novion, critique d'art et historienne de l'art, Brest, 2001.

Maryline Pomian s'amuse avec opiniâtreté et brio à triturer, malaxer, chiffonner un matériau léger et fragile comme l'air: le papier à cigarette. Un papier quasi impalpable, si fin qu'à tout instant on craint qu'il ne se déchire et pourtant capable d'une résistance et d'une plasticité inattendues. Elle réinvente par une manipulation virtuose l'art du pliage afin d'élaborer des constructions proches de l'immatérialité. Le papier plissé, froissé, plié perd son apparence première. Plane, le feuille devient volume, un volume apparemment sans consistance. D'éthérée la feuille s'empare vite des possibilités d'une brique au service d'une architecture précise et concise.

Maryline Pomian édifie des compositions géométriques très épurées qu'elle tend à abandonner aujourd'hui au profit de formes plus organiques, allusivement végétales. Elle laisse au papier sa neutralité initiale, sa blancheur ivoirine indice de l'apparente vulnérabilité du matériau et des objets ainsi crées. Une blancheur immaculée dont on ne sait trop si elle est virginale et pure, garantie d'une existence éternelle ou bien si elle est le signe du tragique, d'une absence, de la disparition inéluctable du vivant. Du néant et non de l'infini. A vouloir "sculpter l'air", à vouloir se saisir de l'insaisissable, l'artiste nous ramène à l'évidence au caractère ô combien éphémère de l'existence. Ces compositions évanescentes rappellent insensiblement les boîtes fixées au mur remplies de papiers froissés de Rakuko Naito. Des compositions minimalistes où l'artiste japonaise établit un rapport au construit, à l'espace, au volume. Une démarche toute en subtilité et en précision voisine de celle de Maryline Pomian. De surcroît ce matériau si singulier est aussi pour la jeune artiste française une autre façon de continuer à écrire, et esquisser des espaces poétiques où se lit comme dans ses textes un sens tragique de l'existence, elle qui "voulait apprendre le sens du moment, vivre au comble de son absence à elle-même" (M. P.).

Maryline Pomian s'astreint à une discipline rigoureuse propre à la conduire à l'essentiel. La recherche d'un point ultime, point de rupture, de fragilité, de limite entre l'étant et le néant. Un trait fugace, une ligne tendue, une ombre légère résultent de l'exigence et de l'acuité du regard. S'ils signifient souvent la brièveté d'un instant, ils soulignent aussi la parfaite maîtrise des moyens. Une fréquentation assidue et prolongée de ses œuvres est indispensable afin d'en saisir toute la subtile pertinence. A leur écoute attentive une évidence s'impose: leur indéniable élégance. Mais que voilà une qualité bien ambiguë! Cependant le terme s'entend sans arrière-pensée aucune car les travaux présentés ici contrarient judicieusement la rudesse du lieu. L'artiste a accepté sans crainte de répondre au défi lancé par le béton lourd, raide et incommode, de se satisfaire de conditions si contraires à l'exercice habituel de sa démarche toute en approches exigeantes tendant à l'ineffable. Et c'est bien de cette confrontation improbable que nous attendons d'elle un tour de force où va se manifester l'intelligence du détournement fécond de la difficulté et non dans la rivalité stérile avec la masse de l'édifice. Sans mésestimer par ailleurs que les espaces bruts et nus de Passerelle nonobstant le froid et 1 'humidité qui y règnent affichent l'épure élégante propre à l'architecture industrielle.

Maryline Pomian propose une réflexion ténue et silencieuse à laquelle la massivité austère de Passerelle donne un écho inattendu. Le choc inévitable entre la sophistication de sa pratique et le lieu pauvre et brut de son exposition saura révéler toute la pertinence de son art.

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1. "Du papier, du bois" 2. "Réminiscences" 2007 3. "Espaces poétiques" 2005 4. "Des ombres blanches" 2002 5. "La légèreté, la Ligne, le Trait" 2001 6. Miscellanées 7. Divers
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